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Le vis@ge de la ville.com

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Se trouvant à l’intersection d’attentes grandissantes, de la réalité quotidienne, d’images souvent préconçues, le site Internet de la ville présente un visage poli par une formalisation nouvelle due au média.

Comment le visage de la ville est-il modelé avec les outils d’Internet? Est-il possible de retrouver une forme propre dans laquelle les citoyens peuvent se refléter et se reconnaître ? Ou s’agit-il plutôt simplement d’une homogénéisation de l’identité des villes ?

visagedelaville7En partant de l’analyse comparée des sites Internet de trente capitales européennes, on vise à définir l’image que les villes veulent ou peuvent se donner en tant que sujet public, et, par conséquent, de par leurs « négatifs », l’image qu’elles projettent de leurs citoyens à travers le média Internet. L’hypothèse est ainsi faite qu’au-delà des déterminations techniques qui le structurent, un tel site présente certaines caractéristiques qui peuvent être analysées comme autant d’éléments du « visage » du sujet-ville. Face à un tel objet, on est donc en quelque sorte face à un portrait d’institutions, constitutives d’un visage « qui est signification, et signification sans contexte » (Emmanuel Lévinas). Au-delà des enjeux fonctionnels prêtés à de tels sites, ils présenteraient donc toutes les caractéristiques d’emblèmes contemporains, et pourraient par conséquent être analysés comme autant d’espaces d’identification aux enjeux politiques qu’il nous reste à mettre en lumière.
Le choix des sites Internet des mairies des capitales européennes comme objet d’étude, obéit à deux besoins: d’un coté, celui de la définition de l’espace virtuel comme espace de représentation et donc du site Internet comme une forme d´écriture cérémonielle de la ville.

De l’autre, à la fois en tant qu’élément identifiant d’un territoire spécifique, mais aussi en tant qu’objet fondamentalement déterritorialisé, la reconnaissance des enjeux politiques s’y projettent.
Est-ce que le site Internet d´une mairie est vraiment un outil politique (la prise de décision démocratique est-elle vraiment déléguée aux citoyens ou est-on plutôt dans une forme de communication strictement verticale, de, théâtralisation du politique (politikè, dans son sens étymologique) ?
Dès lors, existe-t-il encore un discours de la mairie destiné aux citoyens, si ce n´est qu´à travers un discours médiatique vidé de sa substance via Internet ?

Nous verrons ici, dans un premier temps, en quoi le média Internet permet l’accomplissement des buts initiaux que sont les projets politiques portés par les mairies européennes : le site d’une mairie a-t-il une réelle efficience politique ou est-on plus dans une forme de facilitation de la vie politique locale par une nouvelle forme de communication ciblée ? Le lissage du visage de la « ville-en-ligne » serait-il, dès lors, une façon de diluer le message et les débats politiques par des incantations inspirées de méthodes communicationnelles ? Si, au contraire, on constate une réelle efficience politique dans le portage de revendications citoyennes et l’émergence d’un forum réellement démocratique, de quelle nature est-elle et quelles en sont les limites?

Puis, nous essayerons, à partir de ces définitions préliminaires, de décrire dans un deuxième temps en quoi le choix particulier d’un langage, sémantique et graphique, des sites des capitales européennes est révélateur des buts politiques recherchés par le décideur de chaque mairie afin, à travers leur vitrine Internet, de décoder comment s’écrit la « ville.com ». De l’acception de la « communication par un visage », il sera alors permis de se demander quelle éthique du langage est instaurée par ce canal nouveau qu’est le site Internet institutionnel.
Nous nous demanderons également si la nouvelle technologie n’est pas intrinsèquement porteuse d’une certaine responsabilité politique : la façon dont le webmaster ou le service communication d’une grande mairie traduit virtuellement les aspirations du décideur réel serait-elle également un acte politique, du moins un acte fort en terme « d’écriture de la ville » ? Quel contrôle du contenu par le maire et l’exécutif?

Comment expérimente-t-on une ville ? Le visiteur est guidé, par l’analogie spatiale, par ce rapprochement implicite entre le site virtuel et le site réel, à parcourir le site de sa mairie littéralement comme s’il rentrait dans le bâtiment municipal.
Les lecteurs vivent, en parcourant le site, tels des occupants tantôt d’une « maison » (das Haus allemand), d’un « hôtel » (français), d’un « hall » (anglais), ou d’une « assemblée » (espagnol). Dans tout les cas, la volonté d’accueillir selon la logique d’une visite, s’est confrontée à une structure unifiée identifiable, à des stratégies de design bien définies, et à l’accumulation de widgets, issus de techniques d’ingénierie informatique qui souvent se trouvent n’être pas « accueillantes ».

Quand on arrive pour la première fois dans une ville inconnue, la seule façon de trouver son chemin est de regarder les panneaux de signalisation. Il faut donc parler la langue, et, même si on ne la connaît pas, on peut faire une sorte d´abstraction par rapport aux signes plus au moins répandus comme les flèches, etc. Qui s´adresse au visiteur à travers ces panneaux? Quel est le ton employé ? Quel message est porté ? Un patron d’une entreprise (Dublin), un narrateur d’une BD (Londres), le webmaster (Vatican) etc. sont des figures qui se déclinent en dépendant de la ville, par le langage du site web.

a) Les espaces du discours

Dans le cas concret des ces sites, il reste encore de la place pour le dialogue politique, spécifiquement par la figure publique qu´est le Maire. Y a-t-il des endroits ou le Maire s’adresse aux citoyens ? Comment le fait-il ? Il s´agira ici de définir le ton de la parole du Maire publiée en ligne. La parole du Maire s’exprime de façon différente selon la capitale européenne : parfois directement en rappelant la forme d’une lettre-salutation (Saludo del Alcalde, Madrid), ou par la médiatisation, à travers son portrait agrandi (Amsterdam), des contenus audiovisuels « low-resolution » (Londres). Cette conversation asymétrique entre le Maire et l’administré revêtira des caractéristiques propres.

b) La « géographie du langage »

La communication entre le maire et ses citoyens a lieu presque exclusivement à travers la communication écrite. Chaque mot comporte donc en outre que son contenu purement communicationnel, un contenu latent, il n’est que l’intention de celui qui l’a écrit, celui qui prend la parole « au lieu où parle l’invisible, qui signifie le désir du maitre sans nom » (Legendre). Les mots représentent, manifestent et symbolisent l’autorité de l’institution,l’institution, issue d’un usage rhétorique propre à ces discours. Entre le maire et ses citoyens, un simulacre de parole, toujours encadré par des conventions (la cadence de la voix, les bâtiments municipaux, la présence des des symboles nationaux) pour garantir sa légitimité. Le nuage de texte qui en est issu constitue le seul point en commun entre le gouvernant et ses gouvernés. Cette conversation s’imprègne des logiques issues de la technologie, qui deviennent elles-mêmes fragmentaires, décalées et pseudo-personnalisées. En dépit des intentions des rédacteurs et du personnel politique, entre l’institution et les membres de la communauté il s’instaure un type de discours, entre l’institution et les membres de la communauté, qui est comparable discours amoureux, tel qu’il est exposé par Roland Barthes, ou l’institution « parle de soi-même, amoureusement, en face de l’autre (l’objet aimé), qui ne parle pas ».www

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